L’Actu vue par Remaides : « VIH : l’éradication chez les enfants est compromise »
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- 22.12.2025

Crédit : Onusida 2025
Par Jean-François Laforgerie
VIH : l'éradication chez les enfants
est compromise
Le constat est imparable et il fait craindre le pire. C’est l’Unicef qui le dresse. L’institution onusienne y a d’ailleurs consacré une communication, fin novembre. « Le monde risque de perdre le terrain gagné dans la lutte contre le VIH car les enfants et les adolescents continuent de souffrir d’un manque d'accès au diagnostic précoce, aux traitements et aux soins », a averti en amont du 1Er décembre, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef).
Cette affirmation doublée d’une crainte s’appuie sur une modélisation récemment publiée par l’Unicef et l’Onusida qui montre que si la couverture des programmes de lutte contre le VIH diminue de moitié, 1,1 million d’enfants supplémentaires pourraient contracter le virus. « Cela veut dire que 820 000 autres pourraient mourir de causes liées au sida d’ici 2040, portant le bilan total chez les enfants à trois millions d’infections et 1,8 million de décès liés au sida », préviennent les deux institutions. « Même en maintenant les niveaux de service actuels, il y aura encore 1,9 million de nouvelles infections et 990 000 décès liés au sida chez les enfants d’ici 2040 en raison de la lenteur des progrès, selon la modélisation », citée par l’Unicef.
Les adolescentes durement affectées
« Le monde faisait des progrès dans la lutte contre le VIH, mais des lacunes persistantes subsistaient avant même que les coupes budgétaires mondiales abruptes [fin de USaid, restrictions sur le Pepfar, désengagement généralisé dans le champ de l’aide au développement, ndlr] ne perturbent les services », a observé Anurita Bains, directrice adjointe du programme VIH et sida de l’Unicef. Ces risques envisagés soulignent les conclusions des dernières données mondiales pour 2024, avant que des « coupes budgétaires brutales » ne perturbent de nombreux services (prévention, accès aux soins, suivi, etc.) à l’échelle mondiale. Plus de 120 000 enfants (âgés-es de 0 à 14 ans) ont contracté le VIH et 75 000 autres sont décédés-es de causes liées au sida, soit environ 200 décès quotidiens. Parmi les 15-19 ans, 150 000 ont contracté le VIH, dont 66 % étaient des jeunes filles. En Afrique subsaharienne, 85 % des nouvelles infections par le VIH dans cette tranche d’âge concernent des filles et jeunes filles. Selon l’Unicef, seuls-es 55 % des enfants vivant avec le VIH ont reçu un traitement antirétroviral, contre 78 % des adultes, ce qui laisse environ 620 000 enfants sans traitement.
L’Afrique subsaharienne, la région la plus touchée
L’Afrique subsaharienne est la région la plus touchée, avec 88 % des enfants vivant avec le VIH, 83 % des nouvelles infections par le VIH chez les enfants et 84 % des décès d’enfants liés au sida, rappellent les deux institutions. Reste que toutes deux soulignent que des « progrès sont possibles grâce à un engagement soutenu. » Entre 2000 et 2024, les services liés au VIH ont permis d’éviter environ 4,4 millions d’infections et 2,1 millions de décès liés au sida chez les enfants. En Afrique orientale et australe, le diagnostic précoce chez les nourrissons a atteint 74 % des nourrissons exposés et le traitement a atteint 93 % des femmes enceintes vivant avec le VIH, contre respectivement 31 % et 56 % en Afrique occidentale et centrale. À la fin de 2024, 21 pays et territoires avaient été certifiés pour avoir éliminé la transmission verticale (de la mère à l’enfant) du VIH et/ou de la syphilis. Les Maldives sont devenues le premier pays à éliminer la transmission verticale du VIH, de la syphilis et de l’hépatite B.
Des coupes budgétaires extrêmement sévères
Le Botswana et la Namibie ont été certifiés comme étant en voie d’élimination malgré une forte prévalence du VIH. L’Onusida et l’Unicef exhortent les gouvernements et leurs partenaires à renforcer la prévention de la transmission mère-enfant et le traitement pédiatrique, en intégrant les soins liés au VIH dans des systèmes de santé plus larges. Il s’agit surtout de « garantir un soutien accru et prévisible » des donateurs-rices grâce à un financement durable et innovant. « Bien que les pays aient réagi rapidement pour atténuer l’impact des coupes budgétaires, l’éradication du sida chez les enfants est compromise sans une action ciblée. Le choix est clair : investir aujourd’hui ou risquer de réduire à néant des décennies de progrès et de perdre des millions de jeunes vies », a fait valoir Anurita Bains.