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    L’Actu vue par Remaides : « Sexo : Le préservatif est-il devenu ringard ? »

    • Actualité
    • 30.12.2025

     

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    Promotion du préservatif dans une association malaisienne de lutte contre le sida
    à Kuala Lumpur, juin 2025.
    Crédit : Laurence Geai

    Par Patrick Papazian

    Sexo : le préservatif
    est-il devenu ringard ?

     

    «Sortez couvert ! » appelle-t-il aujourd’hui la réponse « OK Boomer ! » ?
    Le préservatif semble avoir perdu de son aura dans un monde où le VIH/sida marque moins les esprits, et les chiffres en population témoignent du déclin du capuchon en latex dans nos ébats. L’Organisation mondiale de la Santé alertait récemment sur une baisse significative de l’usage du préservatif, lors du dernier rapport sexuel entre 2014 et 2022 en Europe (dont la France), et la grande enquête récente menée sur la sexualité en France (CSF-2023 Inserm-ANRS-MIE) confirme cette tendance. Après un pic au début des années 2000, on observe une diminution de la prévention des IST par port du préservatif lors du premier rapport sexuel (75,2 % des femmes et 84,5 % des hommes versus des taux allant de 85 à 90 % en 2006). Cette tendance à la baisse s’observe également lors du premier rapport avec un-e nouveau-lle partenaire avec 49,4 % des femmes et 52,6 % des hommes utilisant un préservatif. À noter 0 % chez les femmes de 60 à 89 ans, l’usage du préservatif déclinant encore plus chez les seniors-es. Parallèlement, certaines infections sexuellement transmissibles (syphilis, chlamydia, gonocoque) ont une incidence qui a augmenté en France si l’on regarde, par exemple, les chiffres de 2023. MAIS, et c’est la bonne nouvelle, on note sur l’ensemble de la période 2012-2023 une diminution du nombre de découvertes de séropositivité pour le VIH, de l’ordre de 10 %. 

    Il faut dire que le préservatif, qui régnait en despote sur la prévention à la fin du siècle dernier, a été rejoint par différentes méthodes très efficaces de prévention du VIH. La boite à outils de prévention, au-delà du préservatif externe ou interne, comporte à présent la Prep (traitement préventif du VIH), le Traitement post-exposition (TPE), le Tasp (toute personne séropositive prenant un traitement antirétroviral efficace NE PEUT PAS transmettre le VIH), et bien évidemment toute la palette de modalités de dépistage : du Trod au prélèvement sanguin. Forcément, quand vous avez le choix et que le préservatif n’est plus LE seul outil pour se protéger du VIH, on peut être tenté de le laisser au musée de la prévention, ou d’en faire des robes comme l’artiste contemporaine brésilienne Adriana Bertini (allez voir sur Instagram, c’est superbe)... et de retrouver des sensations moins plastiques.  

    Mais le préservatif n’est pas du genre à se laisser faire : il était présent dans l’Antiquité (ok, sous forme de vessies d’animaux retravaillées en gaine, ce n’était pas très glamour,), il a croisé la route de Casanova, il est tombé des poches des soldats américains au débarquement, il a sauvé des vies dans les années 80 et 90 (en évitant bien des infections, et continue de le faire parfois), et il s’est réinventé avec le nouveau siècle. Diversification des tailles (quasi du sur-mesure), des matières (polyisoprène, polyuréthane...), des formes, apparition du préservatif interne (parfois appelé Femidon pour se protéger « de l’intérieur » dans un rôle réceptif, il a ses adeptes (hommes et femmes) qui ne jurent que par la qualité des frottements de ce dispositif, moi je dis que ça se tente) et même gratuité et remboursement. Rappelons qu’en France, si vous avez moins de 26 ans, une simple carte Vitale (pas besoin d’ordonnance) vous permet d’avoir des préservatifs (externes et internes) de certaines marques tout à fait honorables sans rien payer, même des sans Latex et des XL si besoin ! Pour les plus de 26 ans, les préservatifs inscrits sur la liste officielle (et elle ne cesse de s’allonger, la coquine) sont remboursés à 60 % sur prescription (médecin, sage-femme, centre de santé sexuelle), le reste pouvant être pris en charge par la mutuelle.

    Bref, elle ne ménage pas ses efforts, la capote, pour tenter de vous plaire ! Elle l’a bien compris : la prévention ne doit pas être l’ennemie du plaisir. C’est la base. Et le préservatif a clairement tout fait, ces derniers temps, pour ne pas vous faire débander. Il est possible aujourd’hui, avec un peu d’effort de recherche, de trouver chaussure à son pied, avec un préservatif qui sera adapté à votre morphologie, vos besoins, vos désirs ; explorez les rayons des pharmacies, supermarchés, magasins érotiques et sexshops, surfez sur internet, vous débusquerez LA capote qui vous convient, sans parler du choix du lubrifiant qui est également crucial. Déjà, la taille, c’est essentiel : la circonférence compte plus que la longueur. Trop serré, il entraine une perte de sensation et il y a risque de rupture ; trop large c’est une possibilité de glissement et de le perdre au fond du bois. De nombreux sites donnent des guides de mesure simples pour éviter ces désagréments. Ne négligez pas non plus le choix de la matière : le latex est très élastique, le polyisoprène donne une sensation douce, sans latex et le polyuréthane garantit la finesse, est compatible avec les huiles, et souvent plus « glissant ».

    Mettre (ou se faire mettre, avec la main ou la bouche, mais attention au coup de canine) un préservatif externe, par exemple, c’est un geste qui peut être incroyablement excitant dans une séquence sexuelle, qui peut devenir un jeu de glissements et de renforcement de l’excitation avant une pénétration. Oui, poser un préservatif peut devenir un rituel érotique, tout sauf un geste technique. Et si l’érection flanche à ce moment précis, pas d’inquiétude : on s’en amuse, on prend son temps, on se détend pour que ça se retende et on y retourne sans pression. Et si ça se reproduit plus souvent qu’on le souhaiterait, on consulte, on ne reste pas seul avec son problème.

    Certains-es sont adeptes du préservatif pour les rapports anaux parce que ça donne le sentiment « que c’est plus hygiénique » : chacun fait ce qu’il veut, et ne les opposons pas aux adeptes des sensations « muqueuse contre muqueuse ». La sexualité est peuplée de croyances et représentations qu’il faut respecter et qui font partie de notre univers érotique. Pour l’anal réceptif, la combinaison préservatif et lubrifiant abondant peut réduire le risque de micro-lésions et même augmenter le plaisir, si, si, faites-vous votre opinion.

    Il y a aussi celles et ceux qui l’utilisent comme moyen de contraception, et ce n’est pas un détail : le nombre de grossesses non-désirées et d’IVG ne cesse d’augmenter en France, et la diversification des moyens de contraception est un enjeu crucial pour que chacun-e trouve, à un moment de sa vie, celui qui lui convient. Le préservatif conserve toute sa place dans cet arsenal. Il a trois atouts majeurs : il est immédiat, partagé (on se protège à deux) et réversible (on arrête quand on veut). Et, oserai-je ajouter, pour une fois que la personne qui a un pénis s’occupe de contraception, ça change un peu.

    Hélas, dans sa volonté de revenir dans l’air du temps, le préservatif s’est invité dans le courant #metoo : rappelons que ne pas mettre de préservatif ou enlever le préservatif par surprise (« stealthing ») alors que le ou la partenaire souhaitait son usage est une agression sexuelle, qui ne respecte en rien le consentement de son-sa partenaire, et là, c’est NON, jamais, en aucun cas. Il faut adopter un script clair de consentement : « On met une capote ? Oui, non ? On se met d’accord et si on change d’avis en cours de route, on en parle ».

    La sexualité semble être passée du « tout-capote » au choix éclairé, et c’est une sacrée bonne nouvelle. Notre bon vieux préservatif conserve ses adeptes, et vient compenser les angles morts de la Prep qui a tendance à oublier certaines populations qui en bénéficieraient, mais ne se sentent pas concernées par cette méthode de prévention ou ne la connaissent pas (jeunes, seniors-es, femmes hétérosexuelles, personnes trans, personnes migrantes, personnes en situation de précarité...)

    Un atout majeur pour la capote, c’est la protection contre le VIH si la Prep n’est pas utilisée par exemple, et contre les infections sexuellement transmissibles bactériennes (certes imparfaite si elle n’est pas utilisée dans les rapports bouche-sexe, ce qui est généralement le cas) et son pouvoir contraceptif quand c’est pertinent.

    Au-delà de ses vertus préventives, je vois dans ce dispositif intemporel de nos sexualités quelque chose de l’ordre du vinyle : tout le monde l’enterrait, il n’a jamais perdu ses quelques fans et est passé du ringard au vintage : et le vintage, c’est l’authentique, l’intemporel qui retrouve sa place dans un monde qui a changé.
    Alors le préservatif ringard, non, vintage, oui !